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Le Président de l’Association des maires ruraux de France alerte sur les dangers qui pèsent à l’échelon communal

J’ai souhaité partager avec vous l’interview de monsieur Vanik Berberian, le Président de l’association des maires ruraux de France, donnée au quotidien L’Humanité à la veille du congrès annuel de l’AMRF qui s’est tenu ce week-end.

Monsieur Berberian évoque sans détour l’état d’esprit des élus locaux qui se sentent méprisés, et ce, au-delà des alternances politiques successives. Austérité budgétaire, transfert des compétences à des intercommunalités trop pesantes, réforme territoriale… Voilà autant de sujets traités durant ces deux journées.

Mais hormis ces constats, c’est un véritable appel à la résistance qui est lancé ici…

Eric Bocquet


Dans le dernier numéro de 36 000 communes , vous rédigez un édito au titre sibyllin : « Ok, c’est bon, on a compris ». Qu’avez-vous compris ?

Vanik Berberian : Ce qu’on a compris, c’est qu’il n’y aura pas de nouveau monde. La manière dont les gouvernements et l’État se comportaient dans les dernières décennies continue avec Macron. Cette volonté d’affaiblir la commune existe en effet depuis très longtemps. Aujourd’hui, alors qu’on nous avait annoncé une nouvelle manière de faire de la politique et que le local serait pris en compte, on s’aperçoit que ce n’est pas vrai. On ne va plus rien laisser passer. Toute mesure qui viendrait affaiblir la commune verra des réactions très fortes de notre part.

Vous pensez aux intercommunalités qui n’en finissent pas de grossir ou aux communes nouvelles ?

Vanik Berberian : Nous sommes dans le schéma classique de superstructures où des élus influents se concoctent leur petite principauté contre l’avis d’autres élus. Entendons-nous bien, nous ne sommes pas hostiles à l’intercommunalité. Si l’objectif est d’être plus forts et travailler plus facilement ensemble, cela ne nous pose pas de problème et les communes le font depuis longtemps. Or, aujourd’hui, au lieu de mutualiser, on concentre. Si l’avenir qu’on nous promet est d’ériger l’intercommunalité au niveau d’une collectivité comme le département ou la région en faisant disparaître la commune, nous ne sommes pas d’accord. Le fait de diminuer le nombre de représentants par commune est un affaiblissement du fait communal. Ainsi que l’élection du président de l’intercommunalité au suffrage universel. Puisque, par la suite, on n’aura plus besoin des communes. Dans l’Aveyron, des intercommunalités sont passées à 15 000 habitants. Le périmètre a donc été élargi et certains élus mettent 1 h 30 pour se rendre à une réunion et autant au retour. Alors, ils n’y vont plus. Un collègue dans la Creuse a reçu un courrier le 17 septembre de la préfecture, qui l’invite à fusionner sa commune avec celle d’à côté. Il doit répondre le 27 septembre… C’est inadmissible et scandaleux. Pour nous, c’est aux citoyens de décider de fusionner leur commune ou non.

L’Association des maires ruraux de France (AMRF) réaffirme l’importance de l’échelon communal. Qu’allez-vous dire aux membres du gouvernement qui se rendent à votre congrès ?

Vanik Berberian : On nous dit « l’émiettement communal coûte cher ». J’aimerais aussi qu’on me dise combien coûte la concentration ! Pas seulement en termes financiers, mais aussi en termes de santé, de conditions de vie… Ce qu’on attend des politiques, c’est qu’ils prennent en main ces enjeux. Par ailleurs, ce qu’on reproche au gouvernement, c’est son immobilisme vis-à-vis de la ruralité. Les seules choses qu’a vues l’habitant des campagnes, c’est l’augmentation du gasoil et la baisse de la vitesse sur les routes. Lors de la dernière conférence des territoires, qui avait pour thème « Europe, cohésion et territoires », le mot « rural » n’a pas été prononcé une seule fois. Pour moi, c’est un signe. Quand on ne nomme pas quelque chose, il n’existe pas. Nous ne nous laisserons pas mettre la tête sous l’eau. Dans beaucoup d’endroits, la colère couve.
Ce week-end, nous dirons à la ministre Élisabeth Borne qu’elle se moque du monde quand elle sort un plan vélo, alors que les difficultés de mobilité vont croissant à la campagne, notamment avec les fermetures de lignes ferroviaires.

Quel est votre sentiment vis-à-vis des maires qui sont nombreux à démissionner ?

Vanik Berberian : On a parlé des maires qui démissionnent, mais on n’a pas évoqué les maires qui comptent ne pas se représenter. Dans la Sarthe, par exemple, ils sont plus de 70 % à annoncer que c’est leur dernier mandat. Aujourd’hui, le maire rural a le choix entre l’inertie, la démission ou l’illégalité. Il doit ruser pour déjouer des normes de plus en plus contraignantes et les dotations qui diminuent. Nous lançons donc un appel à l’action et à la révolte. On ne peut plus se laisser marcher sur les pieds. Nous résistons depuis des années, maintenant, nous passons à l’offensive.

Vanik Berberian Président de l’AMRF. Maire de Gargilesse-Dampierre (36)

Une réforme peu appréciée

L’Association des maires de France (AMF) vient de publier une enquête sur la contractualisation entre l’État et les 145 communes et 62 établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) concernés par ce dispositif qui restreint l’augmentation de leurs dépenses. Il s’avère que 32 communes ont finalement refusé de souscrire à ce contrat. Certaines d’entre elles estimant que « la capacité des collectivités à agir est bridée ». 83 % des communes qui ont signé le contrat et qui ont répondu à l’enquête jugent qu’elles devront « avoir recours à des arbitrages budgétaires » à la clé des non-remplacements d’agents, des reports de projets, etc.

Entretien réalisé par Olivier Morin

https://www.calameo.com/read/005442279e93b733a28ff