Chroniques

De Davos à Haubourdin

Il y a ceux qui se font du blé avec les céréales, et les autres qui subissent les hausses de prix

Quel rapport entre ces deux villes ? Le nom de Davos est connu du public, c’est le lieu où se réunit chaque année le Forum Economique Mondial, une station de ski huppée située à 1 560 mètres d’altitude dans les Alpes suisses, à quelques kilomètres de la frontière autrichienne.

Ce sommet de l’élite mondiale, qui réunit grandes entreprises et chefs d’état entre autres, est l’occasion d’un débat sur les problèmes économiques et sociaux du monde. On peut y croiser Christine Lagarde, Présidente de la BCE, ou Thomas Buberl, Directeur général d’Axa, par exemple.

Cette réunion mondaine se tient d’habitude en janvier, mais après deux années de pandémie où elle n’eut pas lieu, elle s’est tenue entre le 22 et le 26 mai, dans la plus grande discrétion je trouve. C’est pourtant là où se décident les grandes orientations de la politique économique que les multinationales imposent aux peuples.

Selon le journal « Les Echos », « l’ambiance n’était pas à la déprime car un immense flux d’innovations est dans les tuyaux, vaccins, télétravail, le numérique… » et je me permettrai d’y ajouter les perspectives de reconstruction de l’Ukraine à terme, c’est certainement cynique, mais ainsi va le monde capitaliste, business is business !

Quittons la Suisse pour revenir près de chez nous, dans le Nord à Haubourdin, cette ville de la Métropole Lilloise, 20 mètres d’altitude en moyenne. Elle fut le siège de nombreuses entreprises, le groupe Cargill y détient encore une entité, 180 salariées viennent d’y être licenciés, le groupe prépare une délocalisation.

Qui sont les Cargill ? Une dynastie américaine, James Cargill et sa famille détiennent la majorité de l’un des plus grands négociants alimentaires au monde, Cargill. Leur fortune a augmenté de près de 20 millions de dollars par jour depuis le début de la pandémie. En 2021, Cargill a réalisé une bénéfice net de près de 5 milliards de dollars, le plus gros bénéfice de son histoire.

L’année précédente, l’entreprise a versé 1,13 milliard de dollars de dividendes, dont la majeure partie a bénéficié aux membres de la famille élargie. Elle devrait à nouveau battre son record de bénéfices en 2022.

Dans un rapport récent de l’ONG OXFAM, on évoque, au regard de ces fortunes insolentes, le cas de Nellie KUMANBALA institutrice au Malawi qui dit payer deux litres d’huile au prix de 2 600 kwacha il y a un mois, et 7 500 aujourd’hui.

Dans ce monde-là, il y a ceux qui se font du blé avec les céréales, et tous les autres qui subissent les hausses de prix, du Malawi à Haubourdin.

Mais à Davos on est au-dessus de tout ça, pensez donc, sur les cimes helvétiques, on respire…

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