Communiqués de presse

Communiqué - Proposition de résolution

Pour la reconnaissance officielle de la République du Haut-Karabakh

Le groupe CRCE au Sénat est cosignataire d’une proposition de résolution portant sur la nécessité de reconnaitre la République du Haut-Karabakh.

En discussion au Sénat le mercredi 25 novembre, elle a été soutenue par le groupe CRCE, après une allocution d’Eliane Assassi, à découvrir ci-dessous.

Après six semaines d’agressions militaires, de bombardements et d’exactions contre les républiques d’Artsakh et d’Arménie, l’Azerbaïdjan a repris le contrôle de plusieurs districts, ce qui qu’entérine le cessez-le-feu ratifié sous l’égide de Moscou.

Le premier ministre arménien, Nikol Pashinian, a affirmé que sa ratification avait été « incroyablement douloureuse pour (lui) et (son) peuple ». Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev se justifie : « J’avais dit que nous chasserions [les arméniens] de nos terres comme des chiens et nous l’avons fait ».

C’est un désastre humanitaire qui est en cours aux portes d’une Europe silencieuse.

Je veux d’emblée dire tout mon soutien avec le combat de la population de la République d’Artsakh qui ne prétend qu’à vivre libre, en démocratie et en paix. Dire aussi ma solidarité avec les milliers de familles endeuillées, victimes de cette guerre terrible, celles chassées de leur terre et contraintes à l’exil.

J’estime que la France a une responsabilité particulière à assumer pour parvenir à une solution pacifique durable, en tant que co-présidente du groupe de Minsk, en raison des relations qu’elle entretient avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan mais aussi de la longue tradition d’amitié qui unit les peuples français et arméniens.

Cette responsabilité, il lui faut l’assumer avec beaucoup plus de force, de clarté et de conviction qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent.

L’indifférence quasi générale de la communauté internationale, qui a laissé un peuple seul face à cette agression militaire, n’est pas acceptable.

Il n’y aura pas de solution pérenne fondée sur l’occupation de la République d’Artsakh telle qu’elle résulte du cessez le feu ratifié sous l’égide de la Russie.
La reconnaissance officielle de la République d’Artsakh par la France et par l’Union européenne est une condition pour parvenir à une paix durable dans cette région.

La France doit également agir auprès des Nations Unies afin d’assurer la protection internationale des populations arméniennes et prévenir un nouveau génocide.
Les sanctions les plus fermes doivent être prises contre la Turquie dont le rôle actif dans cette guerre, soutien matériel à l’armée azérie, envoi d’experts militaires et de mercenaires djihadistes, a été démontré.

Voilà pourquoi je soutiens et voterai naturellement pour la Proposition de Résolution portant sur la nécessité de reconnaitre la République du Haut-Karabakh, dont le groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste est cosignataire. Le débat se tiendra le 25 novembre au Sénat.


Lors du débat du 25 novembre, Eliane Assassi s’est exprimée au nom du groupe CRCE en faveur de cette proposition de résolution. Les sénateurs vous proposent de la découvrir ci-après :

Lire le texte de l’intervention

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues,

Il y a un siècle, le 10 août 1920, les puissances victorieuses du premier conflit mondial et l’Empire ottoman signaient le Traité de Sèvres. Il prévoyait la création d’un territoire autonome pour les Kurdes et la création d’une République indépendante d’Arménie. Pour les Arméniens, ce nouvel État devait être le refuge d’un peuple dont un million cinq cent mille des siens avaient disparu dans le premier génocide du XXe siècle, ce meurtre d’une nation, ce crime contre l’Humanité erga omnes, à l’égard de tous.

Pourtant, au Traité de Sèvres succéda le Traité de Lausanne qui ratifièrent l’annexion par la nouvelle Turquie de la partie occidentale de cette République mort-née et l’incorporation du reliquat dans l’ensemble soviétique. Plus tard, Staline rattacha les régions autonomes du Haut-Karabagh et du Nakhitchevan, peuplées majoritairement par des Arméniens, à la nouvelle république de l’Azerbaïdjan.

Un siècle plus tard, c’est l’une des causes de l’embrasement meurtrier actuel.

En 1991, le Parlement de la région autonome du Haut-Karabagh proclama son indépendance qui fut ratifiée par un referendum. Cette proclamation fut prise à l’issue d’un processus démocratique parfaitement respectueux des conditions législatives de l’époque. Cette indépendance ne fut pas moins légitime que celle prononcée par l’Azerbaïdjan, la même année. Par la présente résolution, c’est cette affirmation légale du droit d’un peuple à disposer de lui-même que le Sénat demande au gouvernement de la France de reconnaître.

Notre groupe avec le Parti communiste français l’a portée, il y a plus d’un an. Aujourd’hui, nous voterons avec la même volonté cette résolution et la demande de reconnaissance de la République d’Artsakh parce que nous pensons qu’elle est un signe plus que jamais nécessaire à un règlement pacifique et politique des conflits dans le Caucase du sud.

Comme le stipule l’exposé des motifs de cette résolution, nous pensons que le peuple arménien continue d’être la victime expiatoire du nationalisme néo-ottoman de la Turquie.

Malheureusement, il ne fait aucun doute que la dérive dictatoriale du pouvoir de Recep Tayip Erdogan, qui emprisonne l’opposition, musèle les journalistes, fait assassiner jusqu’en France les militants kurdes, se projette aujourd’hui en dehors des frontières de la Turquie par un projet agressif qui se donne pour nouvelles frontières les Balkans, le Proche-Orient et l’Asie centrale.

À la fiction d’une homogénéité culturelle par l’exaltation du nationalisme turc, la Turquie de Turgut Ozal et de Recep Tayip Erdogan ajoute une dimension expansionniste qui profite des déséquilibres géostratégiques de la fin de la guerre froide, de la connivence coupable de l’OTAN et de l’incapacité désespérante de l’Europe à s’impliquer dans la résolution des conflits armés qui se déroulent à ses portes. Pour ne pas avoir joué le rôle moteur qu’on attendait d’elle dans le groupe de Minsk, la France a été mise sur le côté par le cessez-le-feu signé sous l’égide de la Russie. La résolution du Sénat, redonne de la voix à la France.

En 1992, Turgut Ozal, alors Président de la République de Turquie, avait déclaré qu’il était nécessaire, de temps en temps, « de faire un peu peur aux Arméniens ». Aujourd’hui, Recep Tayip Erdogan déclare vouloir « finir le travail commencé il y a plus d’un siècle par les grands parents ». Cette rhétorique guerrière et criminelle, qui a l’amer goût du sang et qui ne renonce pas à l’objectif génocidaire, considère la République d’Artsakh comme un îlot de résistance au sein de la grande nation turque et azérie et l’Arménie comme un obstacle à l’unité territoriale d’un nouvel empire ottoman étendu au-delà de la mer Caspienne.

Par cette résolution, chers collègues, nous devons exprimer notre condamnation vigoureuse de ce projet expansionniste de toutes les formes de nationalisme mortifères et des risques qu’ils font courir à toute la région. De la même façon, il nous faut manifester avec force notre totale solidarité avec l’Arménie contre les menaces terribles proférées contre son existence.

Dans cet hémicycle et celui de l’Assemblée nationale, à la suite de Marcel Cachin, Guy Ducoloné, Hélène Luc et Guy Fischer, les parlementaires communistes n’ont cessé de demander la reconnaissance du génocide arménien pour rendre justice à toutes ses victimes et montrer à quelle horreur aboutissent les nationalismes dressés contre un peuple.

Cette résolution sera une bien faible consolation pour toutes les familles endeuillées, pour celles qui ont fui sans espoir de retour et pour cette jeune génération élevée dans le Haut-Karabagh et broyée par la machine de guerre colossale déployée contre elle.

Néanmoins, elle est pour notre groupe le moyen de rappeler notre attachement au règlement pacifique de ce conflit millénaire. Dans le Caucase du sud, comme dans tout le Proche-Orient, seules des solutions politiques permettront d’apporter aux peuples et aux minorités la paix et les garanties de leur existence dans la libre administration de leurs destinées.

Les mots de Jean Jaurès à la Chambre des Députés en 1896 résonnent encore et, à notre tour, il nous revient, je cite « d’accomplir notre devoir d’élémentaire humanité (…) qui conciliera l’œuvre de paix et l’œuvre de justice ».

Monsieur le Ministre, nous espérons vivement que le gouvernement fera sienne cette démarche qui tire sa force de sa grande solennité.

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