Auditions en commissions

Commission des Finances

Questions sur la dette au Gouverneur de la Banque de France, en audition au Sénat

Ce mercredi 27 janvier 2021, la Commission des Finances auditionnait le Gouverneur de la Banque de France, Monsieur François Villeroy de Galhau, notamment sur les conséquences financières de la crise sanitaire de la Covid-19.

L’occasion pour Eric Bocquet d’aborder le sujet de la dette, en 4 questions.

Lire le texte de l’intervention

Merci Monsieur le Président,
Merci Monsieur le Gouverneur, toujours intéressant de vous entendre.

Quatre remarques et questions.

La première question : est-ce qu’il est encore raisonnable aujourd’hui de dire que les critères budgétaires et financiers désignés par l’Europe – donc pas plus de 3% de déficit annuel et pas de dette à plus de 60% du PIB – est-ce que ces critères sont encore opérants ? N’est-il pas temps d’opérer une révision de ces traités et de ces critères ?

Le deuxième sujet évidemment, c’est la dette, vous l’avez évoquée et ce sujet va venir régulièrement dans les débats et c’est une bonne chose à mon avis. Vous dites « la dette préoccupe nos concitoyens ». C’est vrai, il y a une vraie inquiétude sur l’idée d’abord de comment on finance tout ça, et surtout comment on va payer, qui va payer. Par contre, elle n’inquiète pas du tout nos créanciers. Pas du tout.
J’ai sous les yeux le bulletin d’information de l’Agence France Trésor (AFT) et l’AFT a levé un peu plus de 5 milliards d’euros lundi dernier, le 25 janvier exactement, à des durées variant à 3, 6 et 12 mois, à des taux négatifs. Premier taux : - 0,624%, idem pour les 6 mois, et – 0,621% pour les bons à 12 mois. Donc j’ai du mal à m’expliquer cette différence, ce paradoxe entre l’inquiétude des concitoyens et la quiétude des créanciers, qui est vraiment évidente.
Et j’ai ici sous les yeux des propos qui ont été tenus par Monsieur Requin, le responsable de l’AFT, c’était un reportage à France Inter il y a quelques jours. Il explique à la journaliste ceci : « La demande par rapport à l’offre est assez importante, la France a un très très bon crédit auprès des investisseurs. […] la dette française fait office de valeur refuge, un coffre-fort qu’elle fait payer. Les gens placent leurs économies pour être sûrs de récupérer leur somme, et un coffre-fort, ça se loue. Les investisseurs nous confient leurs liquidités, ils paient le prix de la location de cette sécurité, c’est le taux d’intérêt négatif que vous voyez. Le coffre-fort, c’est la signature de l’Etat. »
Et une dernière citation si vous le permettez, qui témoigne de la grande confiance des créanciers : « Et signe de la confiance actuelle, la France a levé hier 7 milliards d’euros sur 50 ans et un taux historiquement bas. Et pouvoir emprunter sur une telle durée, 50 ans, c’est rarissime, c’est seulement la 4ème fois que cela arrive. »
Alors, dans ce contexte-là, est-ce qu’on prêterait de l’argent à un mourant ?

S’agissant de la dette détenue par la BCE, elle a de fait outrepassé ses propres règles. On emploie une jolie langue, le français est une langue merveilleuse de ce point de vue. Elle n’a pas enfreint la loi, elle a pris « des mesures non conventionnelles », elle a opté pour une politique accommodante, et elle a aussi pratiqué l’assouplissement quantitatif. Qu’en termes galants, ces choses là sont dites. Donc pas de transgression mais une adaptation à une situation historique, on est dans une situation inédite, absolument historique, très grave, très sérieuse. Est-ce que l’annulation de la dette française détenue par la BCE de fait - elle n’a pas financé directement l’Etat mais sur le marché secondaire, elle a racheté les titres de la dette française, aujourd’hui je crois qu’on est entre 20 et 25%. Si la BCE décidait de, faisait ce choix d’annuler cette dette, ça donnerait évidemment beaucoup d’oxygène à notre pays et à tous ceux qui sont dans une situation analogue.

Troisième point, on commence à entendre parler de risque de bulle financière. Toutes ces liquidités qui sont injectées dans les marchés financiers, la BCE, toutes les banques centrales, américaine, la Banque d’Angleterre, ont fait gonfler de manière spectaculaire les marchés financiers. Je me souviens de ce titre dans Le Monde du 31 décembre 2020 : « La folle année des marchés financiers ». Pensez-vous qu’il y ait effectivement un risque de krach, de bulle financière comme tenu de cette situation complètement paradoxale d’une sphère financière qui se porte bien et d’une économie réelle dont on constate malheureusement tous les jours la situation très inquiétante et très alarmante.

Dernier point, Monsieur le Gouverneur, on n’évoque pas la mobilisation possible de l’épargne des français. Vous l’aviez évoqué quand on s’était entendus l’an dernier, c’était déjà vrai et c’est encore plus vrai, je crois qu’on parle d’un afflux de 100 milliards d’euros à peu près, d’épargne supplémentaire. Est-ce qu’on pourrait imaginer de solliciter cette épargne qui permettrait de nous extraire un peu de la tutelle des marchés financiers privés qui nous financent ?
Je vous remercie.

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